dimanche 23 février 2014

Quinze ans d'immobilité et non de stabilité

Quinze ans d'immobilité et non de stabilité

par Kamel Daoud

En économie : gagner de l'argent n'est plus lié au travail. S'enrichir n'est pas s'efforcer. S'endetter n'est pas lié à rembourser. Couper une route, c'est mieux que de s'instruire. Casser, c'est parler. Corrompre, c'est comprendre. En quinze ans, nous avons formé plus d'émeutiers que de maçons. D'ailleurs, la main d'œuvre est chinoise et la main tendue est algérienne. Nous avons une autoroute géante mais nous tournons en rond.

Sécuritaire : on était moins désespéré pendant la décennie 90 qu'aujourd'hui, paradoxalement. Les Algériens ne meurent plus, mais meurent d'ennui. Ou de volants. Ou de routes. On n'est pas assassiné, mais on se sent au-delà de toute chose. Ni morts, ni vivants. Malades un peu. Assis. AVC pour tous. Convalescents. On est tous des disparus. En quinze ans, le régime a réhabilité le Fis canal populaire, l'islamisme assis, celui des vêtements, des rokias et des zaouïas et de la grande mosquée.

En politique : quinze ans de règne ont détruit l'APN devenue honteusement analphabète. Le Sénat réduit à un emploi de vieux. On n'a même plus de partis de soutien, ni de partis d'opposition. Le FLN est devenu une danse, le RND une circoncision permanente. Les ministres ont pour but de gagner du temps et de ne jamais décider. Gouverner, c'est attendre. Décider, c'est téléphoner. Prévoir, c'est se souvenir. Les meilleurs ministres algériens sont les ex-ministres. Partir, c'est se soigner. Rester, c'est s'asseoir.

En culture : c'est de la promotion. Un joueur de tambour est devenu troisième homme de l'Etat. Le premier homme de l'Etat est deux hommes. Le second homme de l'Etat est un frère. Le frère est un Etat. En gros, l'Algérie est passée du progressisme à l'islamisme. De l'inspecteur Tahar à Cheikh Chemssou. De la fête à la fatwa. Il ne reste de la culture que ses budgets et son ministère. Le reste, ce sont des rites.

En politique étrangère : l'Algérie est une singularité. Une vache à lait noir. Une extension du domaine du forage. Rien n'illustre mieux l'alliance désespérante entre pipeline et sécurité de l'approvisionnement que ces noces douces et tièdes entre notre régime et ses tuteurs. Nous ne sommes pas le centre du monde, ni son origine ni son meilleur ami. En quinze ans, la politique étrangère est un jubilé sans fin pour un homme sans fin.

La stabilité : c'est ce qu'on vend sous forme de pneus crevés. Ceux qui croient que «Lui» apporte la stabilité se trompent et confondent immobilité et paix. L'homme menace le pays par sa personne, car il le réduit à lui-même. Quand il partira, nous partirons. Il ne veut pas mourir seul, mais nous tous avec lui. Il veut faire du pays sa tombe et d'une tombe tout notre pays.

La justice : c'est le quatrième opérateur téléphonique durant son règne, après Djezzy, Nedjma, Mobilis et le téléphone de son frère. Le téléphone arabe n'étant plus. Durant son règne, on n'a pas jugé Khelil, ni Khalifa, ni les voleurs, ni El Para, mais les mangeurs du Ramadhan, des convertis chrétiens, des laïcs, des caricaturistes.

Et à la fin ? On va sortir de cette époque mais sans métier, avec des dettes, sans valeurs, tous gardiens de parkings sauvages, tous corrompus, tous malades de la tête et de l'ego, tous vaniteux et tous méfiants, tous traînant et errant, sans vocation.

En quinze ans, le pays n'a pas avancé, n'a pas reculé, il s'est assis et a pris des médicaments gratuits, se contente de murmurer et d'insister et de rêver d'éternité et de parler de son âge d'or et du non-alignement.

Honte à toi Bouteflika (s), par Kamel Daoud

Honte à toi Bouteflika ! Vous n’avez pas eu honte de nos martyrs, de votre âge, de votre maladie, de ce que vous avez fait de ce pays pour venir encore aujourd’hui y jouer le Hassan II et le roi des temps assis. Vous nous avez humilié, vous nous avez ôté l’espoir de la bouche pour le donner aux vôtres, vous nous avait fait vieillir avant le temps, vous nous poussez à l’exil pour nous prendre notre terre de notre cœur et vous revenez encore pour des années que vous donnez à votre royaume en les ôtant à nos enfants à venir.

Que voulez-vous ? Pus d’argent ? Plus d’or et d’agneaux ? Plus d’applaudissements ? Plus de gloire ? On vous les donnera. Donnez votre prix et on cotisera pour que vous preniez l’or et nous laissiez la terre. Pourquoi tenez-vous tant à emporter notre pays dans votre tombe ? Enterrer vivante notre nation avec vous ? Nous pousser au désespoir, l’humiliation ? Votre mascarade, vos danseurs et vos mannequins ont fait de nous la risée du monde.

Là où le monde se révolte pour arracher la liberté, vous nous réduisez à l’asservissement par votre folie qui pense compenser votre manque de grandeur. Pourquoi tenez-vous tant à nous insulter et à porter l’injure à l’avenir ? Que voulez-vous que l’on achète pour que vous laissiez le soleil se lever ? Et nous sommes fatigués. Et de la fatigue des peuples naitra, toujours, la colère qui vous emportera et vous rendra l’humiliation par dix. Vous n’êtes pas le premier à rêver de l’immortalité sur le dos d’u pays et vous le payerez comme les autres qui vous ont précédé. Vous achèterez aujourd’hui les gens, les chômeurs, les patrons, les passants mais cela ne peut pas durer toujours. Vous le payerais vivant et après la mort.

Vous allez nous laissez un pays corrompu, exsangue, défait, ridicule, mort, sans don et humilié et cette humiliation on vous la rendra. C’est une promesse et un serment. Ce peuple qui, selon vous ne vous mérite pas, vous n’en méritez pas la terre. Ils vous survivra et s’éveillera et vous renverra vers le désert qui vous sied si bien. La cours des comptes sera cette fois celle de l’histoire.

Ce n’est parce que vous n’avez pas d’enfants que nous on n’en a pas. Ce n’est parce que vous n’avez pas de foyer que nous n’avons pas de pays. Ce n’est parce que vous êtes aigri que nous devons payer. Cette terre a survécu à tous ceux qui l’ont humilié et volé. Elle les a chassés et tués et traînés dans la poussière. Vous n’êtes pas le premier colon de notre malheur et ce peuple, même si aujourd’hui n’existe plus, n’est pas mort. Vous êtes comme tous les tyrans arabes ou pas : un jour vous serez lynché. Mort, malade ou vif. Vous serez pendu, chassé, allongé sur une civière et inculpé du crime d’avoir massacré des millions d’enfant à venir.

Venir aujourd’hui, avec une armée domestiquée, de danseurs de foules, des serviles et des corrompus pour se présenter comme le père du Peuple et le sauveur d’une nation est un mensonge. Vous serez bien sur élu, vous ou votre frère : vous avez avec vous l’argent, l’image, le son et la puissance que Dieu vous a enlevé du corps. Mais cela ne durera pas. Aucune infamie n’a égalé l’éternité. On attendra.

Le Quatrième mandat durera quatre jours ou quatre semaines. Au pire quatre ans. Et vous partirez.

Et nous serons là.

Vous nous empêchez de voter ? Dieu votera. Par la vie et la mort.

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