samedi 16 août 2014

C'est ni un clown du cartoon ou un djnoun, c'est Mme Doudoune !

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Youcef Benadouda (Alias madame Doudoune) Après une interruption de douze années, ses délires sont de retour sur les ondes d'Alger Chaîne III.

Bled Doudoune !

Madame Doudoune est de retour après douze ans d'absence. Depuis quelques semaines à 18 h, Youcef Benadouda se lacère les joues dans « Nendeb h'naki », une émission où le rire singe la dure réalité. Mais avant le retour, des départs. Pour une seule raison : la violence aux multiples facettes. La censure castratrice et le terrorisme assassin. « J'ai été licencié quatre fois et demie », dit cet homme de 35 ans, blond et rondouillet, au sens de l'humour jamais défaillant. Le ton est vite donné, la caricature poussée à son extrême se retrouve aussi bien chez M. Youcef Benadouda, journaliste, que chez Mme Doudoune, une Algérienne qui ne parvient même pas à être snob. La popularité de Mme Doudoune, du personnage comme de l'émission, est sans doute due à cet élixir concocté à partir d'une pincée de provocation, d'une poignée de dénonciation et d'une brassée généreuse d'humour décapant. Et de ce besoin qu'ont les Algériens de tomber sur les symboles de leurs déconvenues : Pouvoir méprisant et baggara indécents.

Au commencement, il y avait un jeune homme de 19 ans et une radio, Alger Chaîne III, à laquelle il commençait à pousser des ailes de liberté. Au milieu des années 1980, alors que l'émission « Contact » avait réhabilité la chanson raï, Mme Doudoune délirait déjà. Mais, paradoxalement, ces années de liberté étaient également annonciatrices de violence.

« A la radio, nous savions que le Président Mohamed Boudiaf venait d'être assassiné. Mais on ne devait l'annoncer qu'au journal parlé. Cela m'a révolté. J'ai alors pris le micro et j'ai donné l'info aux Algériens. Alors je suis parti, je ne pouvais pas travailler dans une Algérie qui tue Boudiaf. Et Boudiaf est l'ami de guerre de ma mère ». Ça, c'est le côté censure castratrice. Plus tard, raconte avec sa voix fluette Youcef Benadouda, un groupe d'individus est venu le voir en le sommant d'arrêter l'émission. Car ces messieurs aux chastes oreilles trouvaient l'émission insultante envers les femmes. La réponse aurait pu venir des ondes hertziennes, tant il y a par moment juxtaposition du créateur de personnages et le personnage lui-même : « Ramenez-moi une pétition signée par des femmes et je m'arrêterai alors pour deux jours. » Ça, c'est le côté terrorisme. Mais toujours l'humour. Et encore le départ en France où « j'ai mal vécu ». La wilaya VII, la France où sa mère a milité dans des groupes de choc chargés du transport d'armes, d'argent Missions ponctuées d'une évasion de la prison de La Petite Roquette à Paris.

La mère est au cur du fils : « Elle est ma meilleure copine, ma confidente à qui je dis plein de choses. Elle est maintenant quelque peu déphasée. Elle ne sort que rarement de la maison. Lorsqu'elle le fait, elle est toujours angoissée à son retour. Parce que ce n'est pas pour cette Algérie qu'elle s'est battue. » Douloureux constat, inévitable pourtant. Alors Mme Doudoune se charge de donner sa voix imitatrice à la cartomancienne hilarante que certains auditeurs prennent au sérieux, à Amine le jeune homme sevré d'affection, à Hafida obsédée par le mariage, à hadja Sassia, la vieille femme en quête d'une éternelle jeunesse pour dire ce que l'humour populaire a baptisé Bled miki.

« Mme Doudoune est la femme d'un voleur, mais elle est populaire. C'est la grande différence d'avec le Pouvoir qui, lui, vole et méprise le peuple », insiste-t-il. Et ça tire à boulets rouges sur les baggara et les chebrags. Des néologismes bien de chez nous qui sont autant d'indicateurs de la déculturation. « Au début ces personnes faisaient rire. On les voyait avec leur gros ventre dépenser leur argent dans les cabarets. Mais à présent la culture baggara me fait peur. Ils sont devenus un modèle pour les jeunes Algériens : gagner de l'argent rapidement et surtout sans se fatiguer. Je reste persuadé qu'en réalité ce sont des prête-noms ». N'est-il pas cruellement vrai que les jeunes Algériens ont perdu tout repère culturel, seul compte l'argent comptant.

C'est sur tout cela « Nendeb h'naki » (l'intitulé de l'émission) une expression tellement féminine que Youcef Benadouda ne craint pas l'amalgame. « Je ne suis pas homosexuel. Si je l'étais, je le dirais sur-le-champ. Je vis pour moi et non pour les autres. Mais il reste vrai que l'homosexualité n'est pas un virus. Et de citer les grands noms de la littérature et de la poésie qui n'étaient pas hétéro.

Car Youcef Benadouda est aussi auteur. En plus des chroniques télé publiées au quotidien à Liberté, il a écrit une pièce de théâtre que devait interpréter Sonia mais le projet n'a pas encore abouti. Un roman La Sieste de Dieu finira, il faut l'espérer, par être édité : « Oui, je pense réellement que Dieu est fatigué de ses hommes. » De la censure et des baggara, la Doudoune, elle s'en fout. Elle ne mettra pas les bouts.

Samir Benmalek le matin d'algerie 28 .08. 02 __________________

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