jeudi 30 octobre 2014

1 Novembre 1954, Kateb Yacine avait il préssenti l'insidieuse et odieuse Machine ?

Yacine, le premier novembre 1954 c’est de la merde !

Ce n’est plus Tamurt Imazighen, des hommes libres. Dans cette oliveraie qui s’étend à perte de vue, tes pensées enchevêtrées entre la résistance , l’amour et la guerre, n’arrivent plus a indiquer la voie, le lieu ou fuir. Nedjema, Le Cadavre Encerclé et Le Cercle Des Représailles ont cessé d’être une source d’inspiration féconde, parce que dans notre pays tout est fini. C’est la mort programmée de l’intelligence. Il n’y a plus rien ; il n’y a plus de candeur, d’amour, d’insoumis et de mauvais garçons à gueule d’ange pour chanter à la gloire de la liberté. On est redevenus ce qu’on a toujours été, un peuple d’esclaves. Des tribus Smalas à la risée des conquérants et des pionniers. Mais tu le savais déjà, depuis toujours.

Dans la foret ou déambule derrière chaque olivier ta silhouette, ta douleur retentit encore à ce jour : l’histoire de mon pays est comme celle de ce cochon auquel on a donné du miel, au lieu de le manger, il le traîne dans son fumier pour l’abandonner ensuite, murmurais tu à l’oreille de Daniel, d’Ali, de Narimane, de Moh Said Mazouzi, de Fadhel, de Khadoudja…Un peuple qui n’arrête pas de tourner en rond , un peuple sans passé et sans avenir qui a élevé la trahison, les faux semblants, la ruse, la fausseté et le mensonge au rang de mystique et d’esthétique, ne peut pas être un peuple libre, ne peut pas être l’auteur d’une grande histoire, d’une révolution qui va marquer le subconscient de l’humanité. Le 1er novembre ne fut en réalité qu’un incident de parcours, rendu possible par la conjoncture internationale.

Sous une pluie battante, avec de grosses giboulées que crachait le ciel, tu t’étais arrêté pour la dernière fois au Djurdjura. Sous cette pluie d’avril 1988. Nous étions à la fin des travaux de la stèle du 1er novembre. Usé par la maladie, tu arrivais à peine à cacher les regrets, le chagrin et l’amertume qui transperçaient ton regard, comme si toutes tes convictions venaient de s’effriter d’un seul coup, sous le poids du narcissisme ambiant. « La colonisation, c’est des couches, dés qu’on enlève une, il y a une autre qui apparaît. Alors, il faut frotter sans cesse pour enlever le maximum de couches », disais tu souvent à tes amis. Le malheur, depuis que le monde est monde, nous avons toujours été colonisés sans jamais pouvoir enlever la moindre couche. La colonisation est partie depuis belle lurette, mais nous refusons toujours d’être des citoyens, des citoyens ayant le sens des responsabilités civiques et morales. Et toi-même tu ne croyais pas trop à ce que tu disais. En leur époque, Renan et Anatole France ont sacrifié la démocratie pour préserver la science et le savoir. Toi, tu as sacrifié ton génie pour préserver quelques amitiés et un mythe, celui de la nation algérienne, qui repose sur du vent.

Mais, ciel qu’avons-nous fait de notre indépendance ! Tout le pays a été cloné sur l’esprit d’Ahmed Draia. Une république de faussaires et d’imposteurs ! Depuis ta mort qui remonte maintenant à 26 ans, on a broyé bien des génies, refroidi l’audace intellectuelle, chassé et persécuté le talent et fait taire la vérité, hier au nom du socialisme et des acquis de la révolution, aujourd’hui au nom de la démocratie et de la liberté. Un peuple qui ignore ce que signifie le génie, le talent et l’art, un peuple qui se met au garde à vous devant la mitraillette d’un caporal ignorant, qui refuse de croire aux vertus de la solidarité, du dialogue, de la science et du savoir, peut-il s’affranchir et être maître de son destin dans un univers ou les ignorants n’ont plus aucune place ?

Est-ce une malédiction si aujourd’hui nous sommes soumis aux caprices d’êtres sans scrupules, si aujourd’hui nous sommes gouvernés comme du bétail par un semi lettré Si Ali Corleone et un président cliniquement mort qu’on traîne sur une charrette devant les cameras de télévisions à l’occasion des grandes circonstances, pour dire que l’Algérie est un Etat stable et souverain ? Ou est le génie du 1er novembre 1954, lorsque un demi siècle après l’indépendance le peuple est considéré comme un dégénéré, incapable de savoir ou il va ?

Par Said Radjef

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