lundi 29 décembre 2014

Le 31 décembre ? c'est un jour comme tous les autres

Tout le monde prétend désormais se moquer du réveillon. Mais personne ne souhaite le passer seul. Ce qui donne lieu à un ballet d'improvisation à quelques jours du Jour-J.

Avant, il fallait s'amuser au 31 décembre. Ou du moins prétendre que la soirée avait été joyeuse, comme un présage pour l'année à venir. Mais depuis quelques années, les las du réveillon, les anti-cotillons ont été rejoints par branchés et rangés, bobos et classiques. Juliette, 25 ans, l'avoue tout simplement. « Une fois on l'a fait à la campagne. On a bu trop tôt, on était fatigués et la moitié des convives étaient couchés à 1 heure du matin». Tandis que la veille, sans obligation de festoyer, la soirée avait été magique. Le 31, le réveillon tourne souvent au «marathon de frustrations, car c'est l'enfer pour se déplacer dans Paris ». Et chacun finit par rater le climax des multiples soirées où l'on a prévu de passer.

Beaucoup préfèrent désormais se retrouver autour d'un dîner le 31 « En général, quelqu'un se dévoue pour organiser un dîner en petit comité à la dernière minute, histoire de ne pas rester tout seul », raconte Marianne, 44 ans, qui ira, elle à Nantes, pour fêter chez un couple d'amis, dans l'intimité.

Après une année éreintante, la plupart des cadres n'ont rien prévu. Et jurent qu'ils s'en fichent. « Le 31 ? Oh, je ne sais pas !», « je verrai, à l'improviste, je n'ai pas envie de me prendre la tête », « je m'en fiche un peu du 31 »... Tant de soufflements innocents qui affluent à nos oreilles durant tout décembre. Et puis voilà les téléphones qui sonnent frénétiquement quelques jours avant le jour J. « Toi, tu fais quoi ? Moi je sais pas... On peut faire un petit truc, quand même ? ». L'air de rien, tout le monde prétend se ficher du réveillon mais personne ne souhaite le passer seul, à l'image de Juliette et ses amis. « Nous vivons dans l’idéologie du contact : il faut que notre portable sonne, que l’on ait des followers et des amis sur Facebook, explique Dominique Picard, psycho-sociologue et auteur de Politesse, savoir-vivre et relations sociales. Dire qu’on ne fête pas le nouvel sème le doute, peut susciter de la pitié ou nous mettre en marge du groupe. Alors on sauve la face ». Un anti-conformisme qui permet de s'affirmer

Puisque le réveillon doit confirmer notre appartenance à une communauté, le regard des autres n'en est que plus sévère. Sous la pression, Marie, 37 ans, n'arrive pas à décider ce qu'elle veut ce 31. « Si l'on ne fait rien, on passe pour des associables ! », peste celle qui a perdu le goût des gros réveillons il y a cinq ans. En général, deux jours avant, un petit programme s'organise. Un bon dîner à trois en 2013, sortie au théâtre et dégustation d'huîtres à la sortie en 2012. En réalisant avec ironie à minuit et demi que la nouvelle année était arrivée.

Cécile, 35 ans, elle, a été délivrée du « vous n'allez pas rester seuls tout de même !» une fois devenue mère. Son réveillon, elle le fera avec son mari et ses deux enfants, avec un plat de Knacki au foie gras, des coquillettes aux truffes et le feu d'artifice du village. Rien à voir avec les nouvel an entre amis dans des gîtes onéreux avec des repas « moyennement bons » à se coucher complètement saouls à 5h du matin. Cette Stéphanoise n'a jamais passé son réveillon seule, même si elle jure que cela ne l'aurait pas rendue triste. « Je n'ai jamais vraiment aimé ça. S'imposer de faire la fête un jour précis, dépenser une fortune et faire des grandes embrassades, je n'y vois aucun intérêt. Sans vouloir être snob, je frétille d'avance de passer cette soirée en famille ».

La peur du mauvais présage

Rechigner à faire la fête serait-il le dernier snobisme à la mode ? « Il s'agit plutôt d'un anti-conformisme voulu. On peut avoir envie d’exprimer son individualité en ne faisant pas comme tout le monde, comme lorsque l’on se marie entre deux témoins, explique Dominique Picard. On observe le rituel à notre façon, en sous entendant qu’elle est plus authentique que les autres ». Ils sont rares, ceux à boycotter une petite flûte de mousseux. Même si l'on trouve un peu kitsch de fêter la nouvelle année, on ne veut surtout pas mal la commencer, en passant la soirée seule avec un pot de crème glacée. Comme si le 31 donnait le "La" pour les douze mois à suivre. « Le réveillon est la porte ouverte à toutes les superstitions. Avec ce marqueur temporel, on tourne une nouvelle page, explique Dominique Picard. On a envie de croire que si le réveillon est réussi, l’année aussi le sera »

De ce fait, la grosse fête « comme dans les films » n'est pas une option rêvée pour Juliette. « On se réveille à 14h le 1er janvier avec la pire gueule de bois du monde. Ce n'est pas la meilleure façon de commencer l'année ! ». Avec l'expérience, Thomas préfère ne pas se fier au karma du réveillon. L'année dernière, le jeune homme et son ex ont passé la soirée à s'étriper. L'année d'avant, il avait une entorse. Celle encore avant, il l'a passé avec sa belle-famille, en courant dans les toilettes pour envoyer un SMS désespéré à son amante. Ce qui ne l'a pas empêché de décrocher son diplôme avec brio, voyager et enchaîner les projets ambitieux. Et s'il se fiche un peu du réveillon, Thomas en revanche déteste...les bonnes résolutions !

Politesse, savoir-vivre et relations sociales, collection Que Sais-Je ?, de Dominique Picard, aux éd. des Presses Universitaires de France.

via

Aucun commentaire: