samedi 23 décembre 2017

Anémone, cette partie de la France....finissante que j'aime !

Le showbiz, la politique, Johnny. Quelques jours avant d'arrêter définitivement sa carrière, Anémone, 67 ans, défouraille à tout-va.

Interview.

On la rencontre à la Bonne bière, à Paris, devant un verre de blanc, à deux pas du Palais des Glaces où elle est Augustine dans « les Noeuds au mouchoir », chaque soir. C'est son dernier rôle. A 67 ans, elle raccroche pour la nouvelle année, mettant fin à cinquante ans de carrière. Pantalon de velours et gilet de laine jaune moutarde comme celle qui lui monte au nez depuis des années, la comédienne, éternelle Thérèse du « Père Noël est une ordure », et César de la meilleure actrice pour « le Grand Chemin », réplique plus qu'elle ne répond. Phrases courtes et sèches, elle en a marre de ce métier qu'elle quitte sans regret, jetant au travers de ses petites lunettes rondes un regard pessimiste sur la société et le monde.

Pourquoi arrêtez-vous ?

Anémone. J'avais décidé d'être artiste, pas vendeuse de films ni de pièces de théâtre.

A cause de la promotion ?

Oui, ça fait trop chier. Ce n'est pas le boulot que j'avais choisi. Le fric s'est emparé de tout, partout ! Quand j'ai commencé dans les années 1980, ça allait encore, là, c'est insupportable...

Vous aimez encore ce métier ?

Non. Il n'y a plus moyen d'exercer. Il y a toute la sauce autour, maintenant... Bon débarras !

Pourquoi maintenant ?

Ça y est, j'ai ma retraite et de quoi vivre sans bosser. Elle n'est pas bien grasse, heureusement j'ai un loyer par ailleurs qui me rapporte. Par rapport aux carrières qu'on fait, on n'a pas beaucoup de fric à la retraite.

Vous arrêtez tout, scène, télé, ciné ?

Tout. S'ils trouvent les financements pour tourner « les Noeuds au mouchoir » pour la télévision ou le cinéma, j'irai, mais c'est tout.

A partir de quand ça vous a ennuyé ?

Avec la notoriété, l'année du film « le Père Noël est une ordure » (1982), c'est devenu fou, j'avais 32 ans et ça m'a fait chier.

La réussite va de pair avec une certaine notoriété...

Je n'avais pas bien calculé, j'étais naïve... Je m'étais bêtement dit qu'en étant célèbre, je rencontrerais des génies, c'est débile. J'aime bien les artistes, mais du côté production, on se fade un paquet de crétins.

Vous prenez encore du plaisir sur scène ?

C'est quand même un joli métier. Quand il y a du monde, c'est agréable, le public vous porte. Mais je peux m'en passer.

Votre plus grande joie sur scène ?

Quand j'ai fait rire la première fois sans le faire exprès. J'aurais voulu jouer Lucile du « Bourgeois gentilhomme », mais j'étais Nicole, ridicule avec des taches de rousseur. J'avais entrepris de montrer que j'étais la vraie princesse en montant ma jupe derrière Lucile, provoquant des éclats de rire. J'étais vexée ! Mais un effet est un effet, je l'ai gardé. C'est une mécanique de précision, le rire. J'ai aimé ça...

Rien ne vous manquera ?

Rien.

Qu'allez-vous faire ?

Retourner buller au Portugal. J'ai toujours adoré ne rien foutre.

Vous vivez au Portugal ?

La moitié de l'année.

Pour des raisons fiscales ?

Ça ne vous regarde pas ! Non, parce que j'aime le Portugal.

D'où tirez-vous votre plaisir aujourd'hui ?

En ce moment, je suis assez déprimée... On s'est fait traiter de tous les noms quand on était écolos de la première heure, quand on disait qu'il fallait se bouger. Aujourd'hui, quand je dis que c'est trop tard, on ne me croit toujours pas. C'est une souffrance assez intense.

Il est vraiment trop tard ?

Oui, et ça fait longtemps. Ça va aller de pire en pire, il n'y a plus d'eau, les sols crèvent, on va sûrement avoir des épidémies, des famines, une guerre nucléaire...

On arrête les efforts ?

« Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer », disait Guillaume d'Orange.

Vous suivez la politique française ?

Je ne vote plus.

Vous aviez soutenu Mélenchon en 2012 ?

Brièvement. Je me demande si ce n'est pas un vieux stalinien pour finir, c'est un vieux politicard en tout cas. La politique, c'est un concours de crétins et de menteurs.

Qu'est-ce qui trouve grâce à vos yeux ?

Je suis un peu désillusionnée.

Un bon verre de blanc ?

Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse (NDLR : Alfred de Musset).

Un bon roman ?

Je lis plutôt des essais, mais j'en prends un de temps en temps. Houellebecq, dernièrement. « les Particules élémentaires », c'est pas mal, en revanche « la Carte et le Territoire », ça fait un peu roman de gare. Le dernier chef-d'oeuvre que j'ai lu c'était « les Grandes Espérances » de Dickens, c'est extraordinaire.

Dites-nous quelque chose d'optimiste...

C'est fini, je ne le suis plus. Dans les années 1960, j'étais hippie, je croyais que les choses allaient changer, en mai 1968, j'avais 17 ans, j'y ai cru. Et puis, le couvercle est retombé avec Pompidou. Je me suis encore beaucoup marré au café-théâtre. Quand on est jeune, on a de la sève.

Mitterrand, vous y avez cru ?

Ah, non, je n'ai pas fait partie des déçus de ce camembert pourri ! Mitterrand, de gauche, et puis quoi encore ? Des funérailles nationales à Marc Lévy ? On vient de faire Jean d'Ormesson et Johnny Hallyday, Marc Lévy devrait être le prochain. Johnny, il a fait quoi ? A part se déguiser et mentir ? Voter à droite et fuir le fisc ? Il n'a fait que se marier, divorcer, se marier. C'était un pantin médiatique.

On en a trop fait ?

S'il n'y en a plus que pour les pantins médiatiques, alors allons-y !

Vous êtes aussi très connue. La notoriété vous a pesé ?

A une époque, j'ai failli mourir étouffée par le fan-club, je ne pouvais plus prendre le métro, j'ai fui tout ça très vite. Etre populaire, c'est pénible. Mais qu'on me lâche le pull ! Ça va se faire. On est moins reconnaissable quand on vieillit et qu'on ne passe plus dans les médias. Bon, là, j'y suis repassée avec ma tête de vieille, on me reconnaît encore, mais on va m'oublier avec le temps.

Les gens sont plutôt bienveillants quand ils vous abordent ?

Oui, mais c'est quoi, cette histoire d'autographes ? C'est quoi, ce fétichisme à la con ?

Vous en signez ?

Je ne peux pas être désagréable toute la journée, mais ça me fait chier. Je trouve ça débile. Bon, ça y est, c'est fini ?

Oui, oui. Qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter ?

Rien, c'est bon, merci.

« Les Noeuds au mouchoir », au Palais des Glaces (Paris Xe), jusqu'au 31 décembre, de 10 à 39 €, 01.42.02.27.17, www.palaisdesglaces.com

source le parisien

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